vendredi 3 avril 2009

Un nom pour la passerelle - Une question d'identité

Alain Cassagnau Membre de La Mémoire de Bordeaux


L'ANCIEN PONT FERROVIAIRE MÉTALLIQUE DE BORDEAUX (1861)


Une question d'identité



En ces temps de recherche documentaire sur le pont ferroviaire métallique de Bordeaux, désaffecté depuis le 8 mai 2008, il semble nécessaire de se pencher sur le vocable qui puisse le mieux lui convenir.

Deux tendances s'affrontent en ce moment, sans toutefois opposer ceux qui les utilisent : le terme de Passerelle, fortement ancré dans l'usage bordelais, et le terme Pont Eiffel porté particulièrement par ceux qui soulignent l'héritage du célèbre ingénieur.

Mais plus récemment encore, on aura entendu quelques personnalités -reprises aussitôt par la presse -parler de Pont St-Jean, nom qui désigne pourtant déjà le pont routier en béton qui enjambe la Garonne.

Pour savoir qui a raison, un petit inventaire toponymique -si ce terme est utilisable pour les ponts -est nécessaire.
Pour cela, quelques plans, cartes postales anciennes et extraits de documentations diverses vont nous apporter tout l'éclairage nécessaire.

1 - Les plans

C'est un plan de projet ferroviaire daté de 1846 qui nous apprend quel fut le nom donné dès le départ au pont. On voit ici que 15 ans avant la réalisation de l'ouvrage, on lui attribue le nom de Passerelle.

Tout d'abord parce que la voie en elle-même n'est pas censée servir à autre chose qu'à des échanges, pour permettre par exemple à des trains de la Compagnie du Paris-Orléans de réaliser une correspondance quai à quai en gare du Midi (1855), ou à des trains de la Compagnie du Midi de faire la même opération en gare du P.O. (1851).

1 : Plan comparatif du tracé du chemin de fer de Paris dans les abords de Bordeaux avec la gare en Paludatte ou à La Bastide,
lithographie, Archives Municipales, XL-A 264.



On doute certainement à l'époque que des trains trois à quatre fois plus long puissent exister un jour (TGV Atlantique : 238 m., 479 t., soit trois à quatre fois plus qu'un express de 1860) et on pense certainement qu'il est absurde d'envisager des trajets Paris -Bayonne effectués d'une traite avec une seule et même machine. Ainsi, ce court tronçon de voie ne bénéficie pas, à l'époque, du prestige d'une grande ligne.















Pour preuve encore une fois ce même plan, qui suggère également une liaison via le Pont de Pierre selon un tracé pour le moins acrobatique, qui confirme que cette section de ligne n'est vue que comme une bretelle, et que le pont ferroviaire ne peut donc être qu'une passerelle de raccordement.

Avenue de Paris (Avenue Thiers) - Ligne Bordeaux-Paris (P.O.) PROJET NON RETENU
Pont de Pierre - Ligne Bordeaux-Paris (P.O.) PROJET RETENU



D'autre part un pont ferroviaire est, jusqu'à cette époque, un ouvrage d'art en maçonnerie lourde. Par comparaison, l'aspect aéré de la nouvelle technique des croisillons suscite l'admiration.
Un poème en forme d'ode à Bordeaux vient nous éclairer sur ce point :

"Salut, beau Viaduc jeté sur la Garonne,
Imposant et léger ainsi qu'un arc-en-ciel
Celui qui te conçut a parfait sa couronne
En créant à Paris la Belle Tour Eiffel"

Il est à noter que l'auteur, un musicien local du nom de Lodoïs Lataste, n'était plus jeune lorsqu'il écrivit ces lignes ; on peut donc supposer qu'il a retranscrit ici un avis déjà répandu à Bordeaux depuis longtemps.

Par la suite, les plans utiliseront évidemment le terme plus académique de Pont de chemin de fer, ou Pont métallique ou même le très exact Pont en fer. Mais tous les bordelais conservèrent Passerelle.

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