jeudi 17 avril 2008

Sud-Ouest du 17-Avril-08

La passerelle minée
:Jean-Paul Vigneaud
Jean-Paul Vignaud




Les membres de l'association Sauvons la passerelle Eiffel sont furieux. Alors qu'ils pensaient avoir convaincu les responsables de Réseau ferré de France (le maître d'ouvrage) et les représentants des collectivités locales, ils découvrent que tout est remis en question. Le processus de démolition est en cours, la passerelle pourrait totalement disparaître avant l'été.
« On nous a trompés ! » lance, très en colère, Myriam Larnaudie-Eiffel, l'une des descendantes de l'illustre constructeur et porte-parole de l'association. « En me rendant ces derniers jours au pied du pont, dit-elle, j'ai appris par un cadre d'Eiffage que la démolition était toujours à l'ordre du jour et qu'il serait difficile de la stopper. Le matériel nécessaire dont d'immenses barges équipées de grues tout aussi énormes seraient déjà réservées pour procéder au découpage et démontage des éléments. »


Retour sur un accord. Une nouvelle surprenante au regard des conclusions de la réunion de travail qui a rassemblé, à l'automne dernier, les représentants de l'État, des élus bordelais (Alain Juppé en tête), les responsables de Réseau ferré de France, des experts et les chefs de file de Sauvons la passerelle.
Lors de cette réunion, Alain Juppé a proposé à RFF de conserver l'ouvrage, annoncé que la Ville mettait déjà deux millions d'euros sur la table pour une réhabilitation de l'ouvrage et qu'il pensait pouvoir obtenir le complément financier nécessaire auprès des autres collectivités locales. Huit à dix millions d'euros à réunir au total.
Bruno de Monvallier, directeur régional de RFF, avait accepté cette proposition.


Deux phases au lieu d'une. « Son engagement était clair et sans ambiguïté. Tous les présents peuvent en témoigner », précise Xavier Larnaudie-Eiffel, président de l'association. « RFF acceptait de revoir le calendrier des travaux de démolition. » Deux phases au lieu d'une. Une première au printemps 2008 : la démolition des deux extrémités de la passerelle pour permettre le raccordement des voies de part et d'autre du nouveau pont. Une seconde phase reportée de quelques mois le temps que les pro-passerelle réfléchissent sur sa réhabilitation et règlent la question financière.
« Ce report, note Xavier Larnaudie-Eiffel, ne posait aucun problème, si ce n'est l'obligation d'engager une étude pour voir comment la passerelle allait se comporter une fois détachée des rives. Selon Bruno de Monvallier, nous avions une bonne année devant nous. Or, le 8 avril, il nous a écrit qu'il n'était plus question d'attendre. Tout allait être démoli ! De son côté, le groupe Eiffage nous indique qu'il n'a jamais été question de revoir les phases des travaux. RFF n'a donc rien fait pour retarder la démolition. »
« Je n'ai pas changé de position », affirme Bruno de Monvallier. « J'ai effectivement dit que l'on pouvait reporter de quelques mois la destruction de la partie centrale du pont, mais pour que cela puisse se concrétiser, il me fallait absolument un engagement officiel des collectivités locales. Or, à ce jour, je n'ai rien reçu. Le contrat que nous avons passé avec le groupe Eiffage pour la destruction est donc toujours en vigueur et je ne peux absolument pas y mettre un terme. Imaginez un instant que les collectivités locales ne prennent pas en charge l'ouvrage, qu'est-ce que je fais ? »

« Eiffage TP exécute purement et simplement les instructions de son client RFF »


La démolition de la passerelle fait, en effet, partie du marché signé avec le groupement d'entreprises Eiffage. Ce marché comprenait la construction du nouveau pont et la suppression de l'ancien. 2,5 millions d'euros pour enlever la seule passerelle et la déposer en morceaux sur un terrain du port du Verdon.
Eiffage ne fait donc que respecter son contrat. Ce que Jean-François Roverato, PDG du groupement Eiffage à Paris, nous confirme par e-mail : « Dans cette affaire, Eiffage Travaux Publics exécute purement et simplement les instructions de son client RRF ». La phrase est courte mais en dit long. L'entreprise a une commande, elle ira jusqu'au bout et si RFF y met un terme, elle ne s'en sortira pas sans mal.
Ce qui noircit encore plus le tableau des inquiétudes. Bruno de Monvallier ne cache pas l'ampleur des obstacles : « Pour que je puisse intervenir et modifier le processus, il me faut deux engagements : que les collectivités prennent en charge l'ouvrage et qu'Eiffage ne porte pas réclamation pour non-respect du contrat. C'est beaucoup d'argent, je ne peux pas le jeter par les fenêtres. J'ai des comptes à rendre aux co-financeurs ».
Le premier engagement est possible, mais le second ?

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Si la conservation de la passerelle in situ était impossible pourquoi ne pas se servir d'éléments de piles et de structures pour créer un musée POUMEYROL (né à Libourne) sur les bassins à flots à proximité des ponts tournants qu'il a aussi beaucoup dessinés et peints
A.TANDILLE

Sauvons la passerelle Eiffel ! a dit…

pour l'instant, nous travaillons sur la sauvegarde de la passerelle sur le site où elle pourrait devenir un élément important dans les futurs projets d'aménagement. elle reste un lien entre les deux rives et pourrait assurer la continuité des quais rive droite avec des équipements qui sont en gestation à l'heure actuelle, nous souhaitons la conserver jusqu'à la programmation des nouveaux quartiers saint jean/belcier et floirac. Elle deviendrait alors un axe important unifiant les deux rives.

Anonyme a dit…

si j'étais l'architecte et les concepteurs de la nouvelle magnifique passerelle construite, je ferai un procès à ceux qui prétendent garder le vieux tas de ferraille inutile. La juxtaposition de ces deux ouvrages est monstrueuse ! Vivement que ce vieux machin disparaisse que l'on puisse apprécier les belles lignes du nouvel ouvrage !
On aurait donné pour contrainte aux maîtres d'œuvres la conservation de ce vestige sans interêt, ils auraient dessiné autre chose ! Mais ce n'est pas maintenant que tout est fini qu'on revient en arrière ! On rase ce vieux machin et on l'oublie... point.

Sauvons la passerelle Eiffel ! a dit…

notre action, des le début a été de faire réaliser aux collectivités locales que la passerelle avait de multiples intérêts et pouvait être un élément très important dans un quartier en pleine mutation, beaucoup de bordelais et leur maire ont effectivement compris qu une réhabilitation de la passerelle pouvait se transformer en un vrai projet de conception contemporaine alliant mise en lumière, promenade et programmation dans un quartier neuf plutôt qu un pont strictement réservé aux trafic ferroviaire.
Et plus simplement, lorsque l on est concepteur, ces traces du passe sont essentielles, nous ne pouvons que les respecter, envoyer au rebut une passerelle de 150 ans dont on a l assurance qu elle pourrait perdurer un siècle de plus, cela devient du gâchis. Imaginez simplement la possibilite de vous promenez a l interieur, des motifs repetes a l infini.. enfin apres cela devient de la poesie, peut etre que vous ne comprenez pas, alors...

jeb33 a dit…

Eiffage a plutôt intérêt à démolir celle-ci et à être choisi pour en construire une nouvelle dans quelques années quand le besoin sera plus pressant...
RFF accepterait il de transférer immédiatement la propriété de la passerelle avec le solde des 2,5m€ d'Eiffage moins une indemnité d'annulation raisonnable ?

La France vue du ciel - Bordeaux Vue Aérienne a dit…

Bonjour,
Pour répondre à votre message dans notre Blog, nous vous précisons que d'autres photos de la passerelle sont visibles sur notre site principal www.api-photo.net (mission d'avril 2007)et qu'une mission photo aérienne est programmée et sera réalisée dans les jours qui viennent si la météo le veut bien. Les photos du mois de septembre vont bientôt être en ligne également.
Jacques Rouaux